Tâche 8: La viabilité économique du développement du fluvial

Responsable Emeric Lendjel

Objectifs

Analyser les conditions économiques du développement du fluvial. Cet objectif implique d'étudier les versants « demande » et « offre » de ce développement.

Dans quelles conditions économiques un chargeur (voire un transporteur routier) est-il prêt à reporter sur le fluvial des marchandises transportées par le mode dominant, la route ? Quelles sont les contraintes qui pèsent sur les chargeurs et leurs choix de transport ?
Sous quelles conditions l'offre peut-elle répondre à cet accroissement, notamment en regard des obstacles structurels que rencontre le secteur actuellement ?
Quelles actions doit-on mener pour favoriser la rencontre entre cette demande future et cette offre future ?

Programme des travaux

Les travaux devront se dérouler en trois phases.

Première phase

Elle consistera à mettre en évidence les conditions d'un report modal puis à analyser les conditions économiques du développement du fluvial. On commencera donc par identifier l'ensemble des éléments affectant la décision du chargeur en matière de report modal. On le sait depuis Baumol et Vinodt (1970), une entreprise « chargeur » souhaitant optimiser son coût logistique ne prend pas seulement en compte le coût du transport, mais l'ensemble des coûts liés aux mouvements et au stockage des marchandises. Pour ces auteurs, le choix du mode de transport dépend principalement de plusieurs variables :

 

 

 

 

 

Il va de soi que ces opérations s'inscrivent dans des chaînes logistiques plus vastes qui diffèrent selon les entreprises chargeurs. Ces facteurs recensés ici sont donc pondérés par des paramètres reflétant leur importance variable selon les entreprises. Une rupture de cette chaîne peut en effet avoir des conséquences importantes si les transports s'inscrivent dans des chaînes logistiques à flux tirés par la demande. Une telle mise sous tension des flux implique des coûts très élevés d'interruption de chaînes. Par exemple, pour un grand constructeur automobile français, un arrêt de chaîne est facturé – contractuellement - 1500€/ minute au prestataire qui en est responsable (Dbiri, 2007). La variable temporelle peut donc avoir une très grande importance, parfois supérieure au prix du transport proprement dit. Il va de soi que cette importance favorise les modes de transports à vitesse d'exploitation élevée, comme la route, au détriment de modes plus lents comme le fluvial. Une étude sur le report modal doit donc intégrer l'ensemble des éléments affectant la décision du chargeur. Etablir une liste la plus exhaustive possible de ces éléments nécessite au préalable de décrire les chaînes productives et logistiques dans lesquelles se situent les chargeurs considérés.

Deuxième phase

A supposer que la demande de transport de marchandises par voie fluviale poursuive sa hausse tendancielle observée, il n'est pour autant pas certain que l'offre ait les moyens d'y répondre aux conditions économiques actuelles. Cette phase consiste donc à examiner les conditions de développement de l'offre de transport fluvial. Or, plusieurs obstacles se dressent face à son développement :

 

 

 

 

 

Une politique de soutien au développement du mode fluvial, notamment dans les ports, suppose donc d'étudier les conditions économiques et réglementaires des acteurs afin de lever les obstacles qui se dressent face au développement de l'offre.

Troisième phase

Elle consiste à confronter le domaine des possibles pour la demande et l'offre et étudier les actions à mener pour favoriser leur compatibilité. Une piste possible consiste à réfléchir sur les formes organisationnelles susceptibles de satisfaire ces deux contraintes

Méthode et choix techniques

Ces derniers sont différents selon les phases de la recherche.

Première phase : La dernière enquête ECHO (2007) réalisée par l'INRETS servira de points d'appui à l'étude des conditions de reports d'une partie des trafics routier sur le mode fluvial. La méthode à utiliser est classique dans l'économie des transports : elle consiste à employer des modèles probit ou logit testés à l'aide de méthodes économétriques à partir des données de l'enquête ECHO. L'estimation des conditions actuelles de report permettra de préciser les conditions futures d'un développement de la demande de transport fluvial, notamment dans le cadre probable d'une hausse durable du prix du carburant et d'un développement d'une fiscalité écologique.

Des enquêtes qualitatives complémentaires auprès des chargeurs permettront de dresser un panorama de l'ensemble des contraintes des chaînes productives dans lesquelles s'insèrent les chargeurs.

Au cours de la deuxième phase des travaux, la méthode utilisée sera moins technique que dans la première. Elle consistera dans un premier temps à recenser les lois et réglementations encadrant ce secteur d'activité afin d'examiner leurs effets économiques (outils théoriques d'analyse : Théorie des coûts de transaction et Nouvelle économie de la réglementation). Dans la foulée, il conviendra d'étudier les conditions d'exercice de la concurrence dans ce secteur et de son évolution probable (examen du degré de concentration dans le secteur, étude des relations financières et contractuelles entre les acteurs, caractérisation des formes de la concurrence/coopération entre les acteurs, logique d'entrée et de sortie des acteurs à travers l'examen de la démographie du secteur). Dans un troisième temps, l'examen des formes organisationnelles adoptées par les acteurs de ce secteur impliquera des enquêtes de terrain de nature principalement qualitative.

La troisième phase, plus ouverte et spéculative, consiste à identifier les points influençant directement ou indirectement les décisions des acteurs de façon à imaginer des dispositifs susceptibles de favoriser le développement de ce mode de transport a priori (sans préjuger des résultats de la tâche 8) plus écologique.

Une étude comparée de la formation des prix dans le transport routier et le transport fluvial permettrait d'identifier les facteurs clés impliqués dans la prise de décision des chargeurs.

Risques et solutions de repli

Dans l'idéal, le travail devrait être réalisé dans le cadre d'une thèse au vu du nombre d'aspects à couvrir. La solution de repli consisterait à répartir et coordonner le travail entre deux ou trois chargés d'étude sur une période d'un an.